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Concerts du Dimanche Matin
Trio Wanderer
Jean-Marc Phillips-Varjabédian, violon Raphaël Pidoux, violoncelle Vincent Coq, piano
Concert en Trio
dimanche 4 décembre 2011 à 11:00
tarif plein : 25 € moins de 26 ans : 12 € moins de 9 ans : gratuit collectivités (nous contacter) : 20€ THÉÂTRE DES CHAMPS-ÉLYSÉES
(photo Marco Borggreve)
Ludwig van BEETHOVEN Trio pour violon, violoncelle et piano opus 70 n°1 en ré majeur "Les Esprits"
Dimitri CHOSTAKOVITCH Trio pour violon, violoncelle et piano opus 67 n°2 en mi mineur
Après vingt-cinq ans de concerts, les Wanderer se trouvent au sommet de leur art. Les trois musiciens français ont créé une complicité unique, un jeu d’une subtilité hors du commun, une sonorité que l’on reconnaît les yeux fermés. Quelles meilleures qualités pour ces deux pages littéralement surnaturelles? Traversé par une présence comme « venue d’un monde inconnu », selon les mots d’E.T.A Hoffmann, le cinquième Trio pour piano et cordes de Beethoven n’a pas volé son surnom « des Esprits » : c’est un véritable bal de sorcières que Beethoven met en scène dans le deuxième mouvement. La mort traverse elle aussi le deuxième Trio avec piano de Chostakovitch, tombeau à la mémoire d’un ami du compositeur et l’une de ses confessions sans paroles les plus poignantes.
Pablo Galonce
Ecoutez le Trio Wanderer sur Mezzo (Beethoven, trio en si bémol majeur)
NOTES DE PROGRAMME :
Composé la même année que les 5ème et 6ème Symphonies, le Trio avec piano n°5 est surnommé Trio des Esprits parce que le thème du Largo devait servir à la scène des sorcières dans un projet d’opéra sur Macbeth que Beethoven abandonna. Fruit de la pleine maturité de Beethoven, conçu dans une époque troublée - Napoléon annexe la Toscane et l’insurrection contre les troupes françaises en Espagne marque le début de la guerre d’Espagne - et surtout en pleine époque romantique - Goethe publie alors la première partie du «Faust» - ce Trio constitue rapidement une référence majeure de la musique romantique, et reconnue comme telle dès la première audition par les contemporains de Beethoven. Pour E.T. A. Hoffmann en particulier, dans le Trio des Esprits et le Trio à l’Archiduc, «Beethoven porte au fond de son âme l’esprit romantique».
Le 1er mouvement (mesure à 3/4), Allegro Vivace con brio, est bâti sur 2 thèmes très contrastés, un forte et l’autre dolce, qui donnent à l’écriture un aspect symphonique et polyphonique. Le 2ème mouvement, Largo assai ed espressivo (en ré mineur, de mesure à 2/4) est un véritable «nocturne» romantique, et le 3ème mouvement, Presto-Finale, vif, repose comme le 1er mouvement sur 2 thèmes contrastés.
Dans la plus belle tradition russe et dans la lignée des trios élégiaques de Tchaïkovski et de Rachmaninov, le Trio opus 67 de Chostakovitch est dédié à un ami mort d’une crise cardiaque. A travers l’expression d’un chagrin personnel, c’est une angoisse et une douleur universelles que nous livre Chostakovich : l’œuvre est contemporaine du massacre d’Oradour-sur-Glane et de l’Insurrection de Varsovie. L’ouverture saisissante du Trio est une plainte intime au violoncelle con sordino à laquelle répond le violon, dans un registre étonnamment grave. Le thème russe, totalement inédit mais immédiatement identifiable au folklore russe, donne une impression d’étrange gaieté dans le 2ème mouvement. Comme souvent, Chostakovitch nous emmène dans une ronde faussement joyeuse qui se détraque, les rythmes se décalant (faux rythme de valse à 5/8), les accords se faisant grinçants : la machine - le nazisme ? le régime soviétique ? - de plus en plus déshumanisée, s’emballe dans un scherzo qu’on a souvent désigné comme une «danse des morts». Même le Finale Allegretto est une danse macabre (pizzicati du violon), tandis que le piano sonne le glas avec 8 accords dans le registre des graves. A travers le thème juif du 4ème mouvement, facilement reconnaissable et extrêmement présent, martelé de manière obsédante, comme dans les chansons «Poésies juives», Chostakovtich déplore la tragédie des Juifs d’Union soviétique - il ignore encore les proportions prises par l’extermination des Juifs en Europe - mais c’est à un désespoir universel devant la persécution insensée et systématique qu’atteint l’oeuvre.
Sophie Flusin © Jeanine Roze production






